A propos | Laboratoire | Voisinage | Meilleurs articles | Nous aider

Panoramisk / Le druide de la VoIP 

DECT et SIP, la résurrection et la raison

Suite au papier paru dans 01.net cette semaine intitulé “Dect résistera-t-il à la voix sur Wi-Fi ?” et reprenant de façon assez factuelle les avantages et inconvénients des deux technologies, je tenais à vous donner mon sentiment sur le transport de la voix mobile dans les réseaux d’entreprise : je suis favorable au DECT/SIP.

Il est clair que la migration sur IP de la voix est importante aujourd’hui et inéluctable. Bien ou pas ce n’est pas le débat ici. Tant que l’on mettra IP en avant, des solutions ouvertes feront leur apparition et l’interopérabilité deviendra la maître mot, permettant aux clients de faire leur marché sans rester attaché à un constructeur ou une solution propriétaire.

Dès qu’il est question de mobilité et donc principalement en entreprise où les distances à couvrir sont plus importantes que chez les particuliers, on quitte un monde qui était dominé par le DECT pour un nouveau monde. Longtemps, l’offre IP des constructeurs historiques de téléphonie avait délaissé la partie mobile pour reprendre simplement la partie DECT numérique existante au catalogue. On a donc vu apparaître des solutions chez les pro-IP qui, ne pouvant pas être basées sur DECT, se sont rabattues sur un moyen de transport existant et peu coûteux : Wi-Fi (IEEE 802.11 pour être exact).

On l’a déjà dit ici Wi-Fi n’est pas fait pour transporter un flux temps réel et la voix en est un. L’acquittement positif de toutes les trames de données, les délais d’attentes pour la prise de parole, la nature half-duplex du média radio utilisé avec la méthode d’accès CSMA/CA font de ce protocole un excellent moyen économique de pousser des trames IP, mais sans aucun contrôle sur le délai un très mauvais candidat pour la téléphonie. Pour connecter mon micro c’est parfait, fabriquer un hot-spot c’est idéal, jouer à Mario Kart sur la Wii c’est super, mais pour le transport de la voix dans un environnement professionnel c’est plus discutable.

Afin de s’en sortir, il y a eu longtemps l’approche quantitative : la bande passante disponible sur un point d’accès Wi-Fi peut aller jusqu’à 25Mbps environ en 802.11g, donc pour faire passer une communication téléphonique à 80Kbps environ c’est très largement suffisant. On peut même se permettre de mettre plusieurs communications simultanées et de la donnée en plus. Le soucis vient un peu plus tard, lorsque la partie données du réseau commence à être utilisée plus largement, alors le réseau ne tient plus face à des besoins de temps réel, une fois de plus il n’a pas été conçu pour cela. Il faudra donc multiplier les points d’accès pour espérer répartir les terminaux associés à chacun.

Autre soucis du Wi-Fi, la mobilité et non l’itinérance comme sa conception le suppose. Bien souvent, les terminaux Wi-Fi ne cherchent une nouvelle source de réseau (un point d’accès) que lorsque celle sur laquelle ils sont associés propose un niveau de signal faible (SNR). Alors débute une traque qui consiste à analyser chaque canal radio (nous en disposons de 14 en France) à l’écoute d’une trame de balise qui est émise par défaut toutes les 100ms. Le temps de recalibrer une radio sur un terminal à faible coût prend tout simplement du temps. Donc on arrive à un délai de passage d’un point d’accès à un autre qui peut facilement atteindre la seconde, soit 20 fois plus long que ce qui est communément admis dans l’industrie de la voix. Ce délai pourrait largement être réduit mais avec des coûts d’électronique plus importants. Une nouvelle norme fait donc son apparition, mais à partir de quand sera-t-elle disponible dans les équipements utilisés en entreprise et notamment en PME ?

L’autre approche consiste donc à faire du qualitatif : on met en place de nouvelles normes faisant évoluer le Wi-Fi dans une optique de qualité de service. L’approche bande passante que l’on a pu voir dans 802.11n ne s’applique pas aux entreprises pour des raisons évidentes de radio, nous laisserons donc cela pour les particuliers et leur TV HD. Dans le qualitatif on nous promet donc une capacité de roaming et un traitement de la QoS avec le respect de classes de service. Cette approche est excellente, mais va à l’encontre des économies annoncées pour un passage en ToIP puisque celui-ci s’appuie sur une infrastructure IP existante. Or pour faire de la mobilité en ToIP sur du Wi-Fi il sera nécessaire de mettre en place une infrastructure lourde Wi-Fi qui sera probablement mono constructeur (point d’accès et téléphone) dans un premier temps.

Alors, quitte à mettre en place une infrastructure spécifique, pourquoi ne pas aller vers du DECT. Ce protocole existe et a fait ses preuves. La couverture radio est plus simple à définir en raison de la bande de fréquence utilisée et de la portée des communications. Les bornes DECT aujourd’hui parlent en SIP avec l’infrastructure de téléphonie. Mais surtout le confort d’écoute est de très haute qualité puisque le réseau est dédié à cet usage d’une part et que la QoS est gérée de façon intrinsèque. Enfin, la densité est plus importante au regard de la bande passante utilisée.

Aujourd’hui que le marché est mature en terme d’offre DECT sur SIP et en attendant plus de maturité au niveau du Wi-Fi adapté à la voix, je continuerai donc à proposer à mes clients, ayant des besoins importants de mobilité en voix, de regarder sérieusement les solutions DECT. Bien sûr à contrario, lorsque l’infrastructure Wi-Fi existe dans l’entreprise et que l’on ne souhaite pas avoir un usage industriel de la partie téléphonie mobile, quelques terminaux Wi-Fi SIP et le tour est joué.

Et vous, Wi-Fi ou DECT sur votre Asterisk ?

Posté par: Alexandre Chauvin-Hameau, le 23/01/2009
Trackback | Popularité: 27%
marqué , , et
AddThis Social Bookmark Button
UselessNothing newInformativeLearned a lotAmazingly helpful (3 votes, average: 3.67 out of 5)
Loading ... Loading ...

Voir aussi

Et pourquoi pas

3 Réponses à “DECT et SIP, la résurrection et la raison”

  1. Sylvain à dit:

    Salut Alex,

    Pour ma part je rajouterai aussi que les terminaux wifi sont plutôt très cher, qu’ils consomment énormément (temps d’autonomie très mauvais par rapport au DECT), qu’ils chauffent énormément, et surtout le terminal nécessite souvent une intelligence importante qui fait que le terminal bug souvent car les firmware sont souvent buggy …
    Donc pour l’entreprise : DECT et que DECT jamais de wifi, il existe des solutions évolués comme Kirk ou des plus petites solutions comme chez siemens ou Snom et cela fonctionne très bien maintenant.

    Sylvain

  2. Yves à dit:

    Bonjour,
    Je trouve votre analyse très pertinente et elle converge avec d’autre avis semble t’il tout autant avisés.
    Dans tous les cas les argument techniques en défaveur du wi-fi sont imparables… pour l’instant et très probablement quelques années encore…
    En tant qu’utilisateur “newbee” d’un asterisk “embarqué” sur un aa50digium dans le cadre de mon entreprise, je reste cependant sur ma faim :
    J’envisage en effet de déployer une solution DECT-SIP sur la base d’une passerelle Aastra RFP L32 IP et de terminaux DECT 142d (a priori aussi connu sous le nom d’open-phone27 il me semble).
    Cette solution me semble aujourd’hui la plus sérieuse au regard de mes besoin et bien entendu se fonde sur l’argument qualité du DECT dans le monde entreprise. En particulier dans mon cas sachant que j’ai deux sites dont un qui est un environnement classé “sévère” (usine avec des presse à injecter).

    Le prix d’une telle solution reste cependant assez dissuasif surtout en regard de l’austéité du design et de l’interface IHM qui semble à peine vouloir se synchroniser avec un LDAP (peu ou pas documenté)…
    Que dire de l’intégration a MSExchange/SBS2008 ou encore de l’arlésienne de la convergence fixe mobile tant attendue sur mon smartphone que même mon vieux père réclame à corps et a cris…

    Au delà des argument techniques que j’entends et essaye modestement de comprendre, mon vieux père, lui, a du mal à imaginer qu’à l’aube de 2010, il faille encore un télephone filaire (IP phone pour l’ergonomie, la gestion des lignes,…) un DECT pour la mobilité et… un GSM dans sa poche… et une pieuvre dans la salle de réunion… “on peut pas tout avoir sur mon gsm ?” dit-il… evidemment(ou presque) il y’a bien des passerelles gsm… mais à quel prix… et puis l’ergonomie ou le transfert d’appel, le flashng, les dtmf…. oups j’ai mis le doigt dans l’engrenage et ca piquotte un peu…

    Comment faire compliqué quand on veux se simplifier la vie…

    Si vous avez des bonnes zidées, je suis preneurs.

    Yves

  3. DPOUPART à dit:

    Après des tests poussés je peux vous dire que le SIP sur Wi-Fi c’est comme Jean-Pierre Coffe le disait : c’est de la m…. !!
    Chez nous on installe des solutions Aastra RFP32/34IP + 142d (anciennement DeTeWe) ou des solutions Polycom TipTel ça marche d’enfer et je n’échangerai ce choix contre aucun autre.
    D’autant que l’utilisation d’un serveur OpenLDAP permet d’avoir un annuaire d’entreprise directement sur le 142d, pour moi la meilleur solution DECT/IP du marché c’est celle de DeTeWe pardon de Aastra maintenant…

    David

Laisser un commentaire

© 2010 Panoramisk | Creative Commons License wordpress logo